a few days in the life of a Babeliste

Paris, St Denis, France: 12-15 novembre 2003
judith

a few days in the life of a Babeliste

Postby judith » Mon Dec 01, 2003 10:19 am

Petit compte rendu du vécu d’une Babeliste.

Tout commence un jour où Martine m’informe de l’existence de Babels. Je me dépêche de m’informer, et m’inscris sur leur site. Une initiative qui me va bien, tant par la forme que sur le fond. C’est une façon de mettre les compétences dont je suis porteuse au service de mes idées, de mes valeurs…va pour une nouvelle aventure.

Deux jours avant le départ, Laurent me sollicite pour assurer auprès d’une réunion qui doit se dérouler le mardi et mercredi en ‘off’, qui permet de mieux assurer les liens et la co-ordination entre organisateurs Brésiliens et Indiens…tant pis pour l’exposition de Botticelli, pour la journée prévue avec mon petit-fils Zacharie…je dis oui, et dis que j’arriverai dès que mon avion se pose, mardi midi…

Sur le quai du RER à Roissy, mes antennes captent intuitivement que l’homme tout près de moi, est en détresse. Je m’adresse à lui. Indien, il s’appelle Ramu. Militant de Service Civil International, qui tient un stand au FSE, les personnes qui devaient venir le chercher à Roissy ne s’y sont pas rendues. Il vient de faire un vol de 12 heures, il ne parle pas français, il n’a pas beaucoup d’argent… Près de larmes, il ne sait pas quoi faire.

Mon bon sens me fait téléphoner à Laurent, dont j’ai le numéro de portable. Il coordonne les Babelistes du Forum Social Mondial, c’est lui me demande d’intervenir dans la réunion où se trouveront des Indiens…sinon quoi faire d’autre ? J’appelle. Il se connaissent ! Laurent me dit de l’embarquer avec moi pour la réunion…nous trouverons une solution au problème plus tard. Ramu est très ému, étonné qu’une personne l’interpelle sur le quai de la gare, connaît une personne qui le connaît…mais se remet au sort. Il n’y a pas de hasard. Nous sommes dans la confiance.

Nous arrivons au lieu indiqué de la réunion, Le Monde Diplomatique. Tout le monde est parti déjeuner. Peu de temps après, les autres interprètes reviennent. Bettina vient du Brésil, Géraldine de Bruxelles. Malgré son apparence de 17 ans, elle en a 10 de plus. Nous devons partager la cabine pour les deux jours.

Après leur déjeuner, les participants reviennent. Les français ne seront pas là cet après-midi ; on n’aura pas besoin de notre cabine. Je ne veux pas partir, tant que les problèmes de Ramu ne se sont pas résolus. J’explique la situation à Murthy, un des organisateurs de Mumbaï. Il me promet de s’en occuper. Il comprend le désarroi de Ramu. Je pars chez mon fils. Géraldine, souriante et pleine de gentillesse, s’engage à aller à La Villette, et de récupérer nos plannings. Je rentre. Les enfants sont partis en week-end. Je trouve une maison en vrac, un frigo vide…je fais des courses, prépare le dîner, et pars à la Gare de Lyon, les chercher à leur train.

Mercredi matin, je repars au Monde Diplomatique. Je prends des nouvelles de Ramu : tout a été résolu…Cette fois-ci les français sont bien là, nous travaillons durement. C’est une bonne mise en jambe (ou doit-on dire mise en bouche ?).

Géraldine, toujours souriante, nous remet nos dossiers qu ‘elle a récupéré pour nous. Je regarde mon planning… Avec les Pactes Locaux, nous organisons notre atelier au mieux : initialement prévu le samedi, cela avait changé à la dernière minute, c’est devenu jeudi matin, dès l’ouverture du Forum. J’avais demandé à Babels une disponibilité pour y assister, car militante au sein du Collectif, mais aussi pour assurer l’interprétariat chuchoté auprès de Karl, venu spécialement d’Allemagne…disponibilité accordé, mais mon planning n’en fait pas état. Après tout, organiser 900 interprètes, c’est un énorme boulot, cela peut se comprendre. Je téléphone de suite, pour que l’organisation de Babels puisse en tenir compte et me remplacer le plus vite possible.

La réunion se termine vers 13 heures. Juste le temps de partir à la réunion de co-ordination des interprètes à Bobigny. 900 personnes dans une gymnase, une sono incompréhensible, beaucoup de rires…essentiellement des jeunes, mais aussi quelques uns et unes, comme moi, les cheveux grisonnants, des militants des années soixante qui ont gardé le fibre du militantisme.

La deuxième partie de la réunion est par affectation linguistique. Nous devons travailler par équipe, un(e) ‘pro’ et un(e) moins expérimenté(e). Je pose la question de l’éthique. Quelle éthique mettre en œuvre pour permettre un maximum d’opportunité de participation à tous et à toutes, mais aussi pour privilégier la compréhension de la salle ? D’autres poseront d’autres questions, de principe, d’organisation, technique etc…Il est tard, je rentre. Demain il faudra partir avant 7h, pour retrouver Pascal, Marie-France, Géraldine, Christiane, Claire, Paul et Karl.

Jeudi matin, je descends du RER, à St. Denis. Il fait beau, et heureusement, car je mets au moins une demi-heure à trouver l’Usine. Je tombe sur le Directeur du CIME qui sait où nous devons aller. Je le suis, confiante. Le cadre de l’Usine est beau. Les salles bien installées, il fait bon retrouver les amis pour ce nouveau chapitre dans l’histoire de notre collectif. La salle d’en face, séminaire, s’emplit. Nous n’avons que peu de monde, mais c’est parti…avec une sono difficile. J’assure l’interprétariat chuchoté pour Karl. La matinée se passe bien, des gens affluent plus qu’au début. D’autres feront le compte rendu…je demande une coupure de 5 minutes pour rme reposer quelques instants. Je sens un début de chat dans la gorge…il ne faut pas trop forcer.

À la fin de la matinée, nous déjeunons rapidement, et je repars à la maison, dormir une 30 minutes avant de repartir, d’abord pour un passage rapide à la pharmacie, pour me munir de médicaments : ma gorge est en feu, mes sinus bloqués, mais pas question de m’arrêter ; en route pour La Villette ! La situation est émouvante. La salle, avec, une estrade classique, n’est pas prévue pour un accès en fauteuil roulant. Que faire ? Décision de la modératrice, elle même mère d’une enfant trisomique. Si l’accès n’est pas prévu aux fauteuils, alors il faut descendre les tables au niveau de la salle….De plus, le chapiteau se trouve au plus éloigné de l’entrée du Parc.

Les témoignages remuent. La Turquie, la Grèce, où les personnes handicapées sont considérées comme des non-personnes. Ce soir s’assure avec Charles, américain qui travail à l’EDF. Le sujet : ‘Le handicap en Europe’ Nous nous relayons avec des clins d’œil. Juste assez pour que je puisse me reposer. Cela marche plutôt bien en termes de l’entente entre nous. Des exemples qui font jaillir les larmes dans notre cabine. Nous vivons des émotions à entendre la façon dont les droits sont bafoués, la vie rendue difficile, la ségrégation de fait qui marginalise, qui ôte la dignité des personnes….l’intervenante Britannique explique l’origine du mot handicap : ‘hand’ (main) et ‘cap’ (casquette) : c’est la personne qui est mendiant, la casquette à la main. En anglais ce mot est bani : on parle de désavantage physique…elle est choqué d’entendre le mot tant utilisé dans les autres langues….les discussions et prises de paroles sont riches en enseignements, et je me sens petite, privilégiée de jouir de ma santé, de ma famille, de nos moyens…

Un jeune témoigne. Venu d’Allemagne avec des amis, ils avaient demandé un lieu d’accueil pas trop loin de la Villette, pour faciliter l’accès à un copain handicapé. Ils sont à deux kilomètres, et vivent des galères de non-accessibilité dans le métro, sont obligés d’avoir recours à la location d’une voiture…Et la solidarité dans tout cela ? Ils font un appel. Les applaudissements témoignent de l’écho que trouvent ces paroles.

"nsuite c’est le tour de deux personnes qui font recours à des interprètes non pas linguistiques, mais de langage tout court : leur degré de handicap ne nous permet de les comprendre autrement. Le fait même qu’ils puissent prendre la parole est énorme. Par ailleurs, durant toute la séance, il y a deux femmes qui font l’interpétariat en langague des signes.

La soirée s’achève par le constat qu’il reste fort à faire, mais que le fait d’agir ensemble, de s’écouter, d’échanger, permet de s’appuyer les uns sur les autres, de fixer des perspectives, de progresser à l’avenir . La chose la plus difficile à faire bouger, comme toujours, ce sont les représentations : accepter qu’une personne handicapé est tout simplement une personne à part entière, même si le corps ne suit pas toujours….

Le métro est un cohut de personnes qui sortent eux aussi des séances. Pas peur de la solitude, des éventuelles agressions. La foule se parle, il y a une ambiance de solidarité, moins de paranoïa qu’à l’habitude…

Mon lit, dans les combles de la maison ne m’a jamais paru si accueillant. Je règle mon réveil pour demain matin 6h30. En deux minutes, je dors profondément.

Le vendredi matin est froid, ma tête prise avec les sinus, la gorge qui font mal. Je me dope, je prends des vitamines, je continue. À La Villette, il s’agit de l’Indivisibilité des Droits, et développement ds Droits économiques. En cabine, Anya, très pro, assure de l’allemand vers l’anglais. Robert, un Américain vivant en Amazonie assure le Portugais et l’Espagnol vers le Français. Ils sont tous les deux calmes, pros au plus haut point. C’est un plaisir de travailler à leur côtés. La personne prévue pour me relayer hésite. Je la comprends. Le sujet est très technique : les liens entre la responsabilité sociale des entreprises et la mise en œuvre des droits fondamentaux. Les liens entre droits sociaux et droits légaux : droit au travail et droit du travail. Tout un programme, qui correspond bien à la question de la légitimité de la parole, le rôle de la citoyenneté. Bernard Thibault, brillant dans son discours. Il a une connaissance encyclopédique de la loi internationale et droit du travail. Heureusement c’est Anya qui assure les paroles du philosophe Allemand, Hans Heinz Holz…La personne prévue pour me seconder sort de la cabine, allume une cigarette. Pour moi, déjà souffrante sur le plan respiratoire, c’est le point noir de tout le Forum. L’air dans la cabine devient irrespirable. Je suffoque, appuie sur le bouton ‘silence’ pour tousser. Tente de continue, perds le fil, me mets en colère. L’air ne circule pas. J’envois Anya s’en occuper, car je dois continuer …L’intervention de Hélène Ballande, des Amis de la Terre, soulève la question de l’interdépendance des droits, de l’environnement, des besoins de nouveaux partages plus équitables. Une approche qui fait écho dans la salle.

Nuri Albala, modérateur de la séance gère le temps, les interventions de la salle, les priorités. Il réussit à récupérer le micro de l’intervenant de la 4° internationale qui n’en finit pas, ne veut pas céder sa place, passe un maximum de personnes dans un minimum de temps. Je sors, épuisé. En retournant vers le Studio 1, je retrouve Ramu au stand du Service Civil International. Il me serre dans ses bras, m’appelle ‘sa sœur’. Il va bien, tout s’est résolou pour lui. J’ai chaud au cœur, et dans le Studio 1, la salle de Babels, après un thé, un morceau de pizza, je pars dormir une heure à la maison, car ce soir c’est le sujet qui va être le plus dur, mais qui me tient aussi le plus au cœur : ‘Pour les droits du Peuple Paléstinien’…

Quand je reviens, après quelques minutes de convivialité dans le Studio 1, je me rends à la Salle Condorcet. Autant jusqu’à présent il s’agissait des langues ‘européennes’, là il y aussi l’hébreu, l’arabe, en plus le français, l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien…La salle est comble. Dehors, de nombreuses personnes ne peuvent rentrer, faute de places. Ils contestent. Je partage la cabine avec une jeune française, interprète bilingue qui habite à Edimbourg. Nous nous partageons le travail d’une façon équitable, sans difficulté. Un clin d’œil pour se relayer suffit. Plus jeune, mais efficace, elle assure. Les passions dans ce débat sont fortes, mais maîtrisées. Les uns et les autres parlent de la terrible situation, des droits bafoués, des actes immondes, mais aussi des contestations, du mouvement grandissant au sein de l’armée Israélien des refuzniks qui préfèrent le prison à l’exécution des ordres d’attaques contre les Palestiniens….Les témoignages se suivent, des deux cotés, les appels au secours, car sinon, c’est irrévocablement le néant….Ce qui en ressort, c’est aussi le besoin de faire passer le message que refuser les propos de l’Israel, de Sharon, ce n’est pas être anti-sémite. La situation actuelle des Palestiniens c’est une forme d’apartheid nouvelle, inacceptable.

Je me sens à la fois encouragé par les exemples, les paroles partagés mais aussi attristée de voir ce conflit aggravé par les positions de l’Europe, des États Unis, des pouvoirs qui s’attachent au déchirement et au sang versé…

Arrivent les questions de la salle. Une femme allemande, en tenue de moine (ils sont deux, assis au premier rang, arrivés avant tout le monde…) prend la parole avec des propos racistes, nazis. Michel Warschawski s’enflamme. La personne huée, est priée de quitter la salle. Ces propos n’ont pas leur place. Mais il y des dégâts. La colère, les émotions se chauffent. Raji Sourani tente de dédramatiser les propos, d’éclairer le phénomène de la victimisation. Nous sentons le serpent qui se mord encore une fois la queue…comment s’en sortir de tant de souffrance ?

Samedi matin, je me tire péniblement du lit. Je pars, et retrouve les camarades Babelistes, toujours dans le Studio 1, pour me restaurer un petit instant avant d’attaquer sur la question des conflits du travail contre la logique du profit.

Nous découvrons que les langues prévues ne correspondent pas au mieux aux intervenants, et décidons de rajouter l’Italien : nous en avons les moyens. Une camarade se dédouble entre les cabines, saute de l’une à l’autre, fait des prouesses. Mon camarade, américain, alterne avec moi. Un anglais, syndicaliste vivant en Espagne, nous relaye sur l’intervention d’Adolfo Jiminez : il le connaît, connaît son discours : c’est plus facile comme ça. Tout le monde est d’accord.

Les discours sont à la fois plus celles des syndicats institutionnels, et ceux des conflits, des droits bafoués…je retrouve le double niveau de discours que nous avons vécus à Poitiers, au Carrefour de l’Innovation Territoriale, peu de semaines auparavant. Joel Decaillon parle au nom de la Confédération Européenne des Syndicats. Il a intégré la nécessité du besoin du dialogue social territorial dans son discours…je ressens l’impact de Poitiers dans la concommitance des paroles, le travail de France Joubert fait tâche…

La séance se termine sans passer la parole à la salle. L’heure est à la manif, à la fête pour ceux et celles qui y vont. Je passe une dernière fois par le Studio 1, je bois un coup et fais mes au revoirs à tous ceux que je connais, avec qui j’ai partagé ce moment fort en émotions et vécus. Pour ma part, trop épuisée, gérant ma crève qui va mieux certes, mais qui ne saurait supporter deux heures dehors dans le froid des rues parisiennes, je me sens mieux dans la logique de rentrer chez mon fils, d’aller faire une bonne sieste au lit, de profiter aussi d’un petit moment avec mon petit Zacharie : après tout, la vie c’est aussi le droit aux plaisirs inter-générationnels !

Barbazan-Debat le 17/11/03

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