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Rapport final – Projet Bamako 2006 – FSM polycentré

Ce rapport est le fruit d’un travail collectif issu des différentes réunions qui se sont tenues à Bamako avec l’ensemble des 148 volontaires.

Nouvelles notions et décisions concernant l’ensemble des réseaux Babels et Alis

Vous trouverez plus loin dans ce rapport en détail ces différents points.
- Notion d’interprète bénévole / Notion de volontaires-activistes Babels
- Notion de coordination et de répartition du travail centralisé / Notion de référent et de répartition collective du travail en cellules
- Décision marquant le début du Projet Nairobi 2007 – Forum social mondial

Organisation du rapport

- Présentation chiffrée et conséquence sur l’organisation
- Travail avant le Forum
- Travail durant le Forum
- Après Bamako vers Nairobi
- Annexes

Présentation chiffrée et conséquence sur l’organisation

Le projet Bamako 2006 a réuni 148 volontaires. Ces volontaires provenaient de Bamako (126 personnes), de Dakar (11 personnes), de Nairobi (3 personnes), d’Athènes (3 personnes), de Paris (1 personne), de Lille (1 personne), de Barbazan-Debat (1 personne), de Berlin (1 personne), de Rome (1 personne)

Le FSM était réparti dans l’ensemble de la ville de Bamako et était divisé en 11 lieux. La distance entre les lieux variait grandement, mais entre les extrêmes équivalait à 1 heure de transport. Chacun des lieux était thématiquement spécialisé.

L’interprétation s’est déroulée dans environ 18 salles réparties sur 9 lieux distincts choisis pour des raisons politiques en accord avec le Forum social africain et le Comité d’organisation de Bamako2006, dont 3 salles sur trois lieux (Maison de la culture/Espace Femmes – Bibliothèque Nationale/Espace Paysans – Maison des jeunes/Espace Dette, OMC, Commerce équitable) bénéficiant à la fois de l’équipement FM d’ALIS et des ordinateurs Babels pour l’archivage des conférences. L’équipement disponible dans l’ensemble des autres salles et des autres lieux a été amené par Babels. L’exception était le Palais des Congrès où se déroulaient les thèmes Migrations et Coopération où deux salles étaient équipées de façon standard. Le matériel amené par Babels était constitué par des « machines à chuchotage », de petits boitiers fonctionnant à piles. Ils sont munis d’un micro et d’écouteurs reliés par des fils, très faciles à déplacer et pouvant se mettre en place en place en quelques minutes seulement.

Le programme tel que constitué par le Comité d’organisation de Bamako 2006 prévoyait, lui, de l’équipement dans quasiment l’ensemble de la cinquantaine de salles prévues. Pour couvrir les besoins exprimés en langues dans les ateliers et conférences, cela nécessitait, quelque soit le nombre de salles, environ 300 volontaires. Nous savions depuis le début qu’existerait un différentiel entre les besoins et les moyens, sans toutefois en avoir une idée précise avant d’avoir été sur place. Dès l’arrivée 4 jours avant l’ouverture du Forum pour les plus expérimentés d’entre nous, nous avons donc décidé collectivement de partir de nos moyens humains et matériels et nons des besoins du programme. Cela nous permettait de nous concentrer afin d’offrir à la fois une réelle présence de l’interprétation là où nous pouvions être et la meilleure qualité possible sans agir en fonction de là où nous devions être et donc en résistant aux pressions éventuelles. En arrivant, en lien avec le Forum social africain et le Comité d’organisation de Bamako2006, nous avons identifié 14 conférences politiquement centrales pour le Forum, réparties sur différents sites et à différentes dates qu’il nous semblait indispensable de couvrir, puis avons fait en fonction des moyens pour le reste.

La différence moyen/besoin a évidemment pesé sur l’ensemble des volontaires présents et qui acceptaient une charge de travail extrêmement importante et sans commune mesure avec des conditions de travail normales. Ceci a donné lieu à des moments de bravoure très réels et très remarqués par les organisations à l’origine des événements et les participants aux événements un peu partout. Les participant-e-s du Forum sont souvent venus nous voir après coup, nous inviter aux différents diners et moments de convivialité de leurs organisations ou réseaux, nous féliciter, etc.

Grâce à cette mobilisation nous avons pu mettre en place un peu partout l’Anglais, le Bambara et le Français, et en fonction des besoins de l’Espagnol, le Portugais et le Kiswahili. Nous avons pu encore une fois vérifier l’importance pratique des langues locales pour la pleine participation des audiences et des intervenants, même si celles-ci sont souvent minorées dans un contexte normal par la présence d’une langue véhiculaire, en général d’origine coloniale, désignée parfois à tort comme langue internationale pour au moins la compréhension passive. Le Forum, le premier FSM sur le continent africain, a réuni environ 10 000 personnes ce qui en fait un succès numérique compte tenu des difficultés de transport, du coût important des déplacements dans le continent lui-même, et du manque de moyens collectifs et dans chacune des organisations. Des délégations étaient présentes d’un peu partout d’Afrique du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, mais aussi d’Europe, d’Asie (Inde en particulier) et des Amériques (Brésil et USA en particulier).

Travail avant le Forum

Une première équipe est arrivée le 14 janvier (le Forum débutait le 20 janvier pour les conférences – 19 janvier ouverture officielle – et finissait le 23 janvier). La préparation et le début du projet ont débuté le 19 Novembre, date de la première réunion de volontaires à Dakar (Sénégal).

A – Voyages

La liste des billets de l’équipe avait été constituée dès la fin décembre. Cependant les billets ont été pris que le 11 janvier. Malgré le fait que la plupart d’entre nous avions réservé des billets afin de bloquer des places auprès des compagnies aériennes, nous avions décidé de n’en prendre aucun avant que l’ensemble des billets soit acheté. L’objectif était de ne pas nous retrouver avec une équipe encore plus réduite sur place, de ne pas nous retrouver dans une situation où Babels aurait été présent alors que dans les faits Babels n’était pas présent pour assurer ce à quoi nous nous engagions.

Explication de la situation. L’achat tardif des billets n’était pas dû à un manque de bonne volonté ni de compétences, mais à une situation que nous retrouvons dans tous les Forums, un manque de trésorerie. Dans le cas de Bamako ceci a été largement aggravé par le fait que les demandes de financement auprès d’ONG ou de fondations qui permettent de construire le budget du FSM ont reçu une réponse très tardive (en fait le 10 janvier, veille de l’achat des billets) laissant les organisateurs dans l’impossibilité de s’engager clairement auprès de nous. Les billets ont donc encore une fois été payés plus chers qu’ils ne le devaient.

Suggestions. Ce problème de trésorerie est maintenant clairement identifié Il faudrait de fait pour éviter les dépenses inutiles voire les déconvenues en bout de course, pouvoir payer les billets 90-60 jours avant le Forum. Il est inhérent à l’organisation des Forums. Cependant à notre avis il pourrait être mieux géré. Voici quelques pistes qui n’ont pas encore été explorées :
- Très en amont du Forum faire une véritable campagne d’inscription des participants au Forum avec paiement en ligne permettant ainsi de générer une trésorerie. Cette campagne doit être menée de la même manière qu’une campagne d’opinion en expliquant de manière concrète les besoins tels que les nôtres ce qui permettrait d’être totalement transparent quant à l’utilisation et la situation de cette levée de fonds.
- Demander auprès des organisations participantes ou d’institutions financières de l’économie sociale et solidaire des prêts à taux 0 permettant donc de générer la trésorerie nécessaire.

B- Situation sur place

A partir du 14 janvier, nous avons trouvé une situation sur place qui nous a choqué et qui a eu des conséquences sérieuses dans l’organisation du Forum. Nous avons appris que le Comité d’organisation Bamako2006 (CO) avait engagé des interprètes rémunérés qui devaient travailler sur le Forum. Nous avons, bien entendu, rencontré et discuté avec la personne en charge de ce dossier, M Mamadou Goita, qui lui-même l’avait repris la semaine précédente à cause d’un défaut d’organisation de la part du CO.

Nous avons appris le 15 janvier
- Les premières finances du CO remontaient seulement à la date du 1 décembre.
- Les deux « Bureaux de traduction » de Bamako sont les seuls à détenir l’équipement et l’accès aux interprètes. Ils avaient promis d’offrir gratuitement les équipements contre l’engagement des interprètes.
- La rapidité entre la mise en place du projet Babels-ALIS et celle effective du CO a occasionné des actions et décisions croisées, sans qu’il y ait sans une nécessaire coordination entre nous tous.

Nous avons décidé
- Le soir même d’envoyer à celles et ceux qui n’avaient pas pris leur vol, de les informer de la situation, et de les laisser libre de choisir pour eux-mêmes s’ils souhaitaient venir ou non (mail du 16/01 à 02h00 du matin – voir Annexe de ce rapport). Suite à cette nouvelle, deux personnes ont décidé de ne pas venir à Bamako.
- De préparer dans tous les lieux du Forum une déclaration exprimant notre sentiment face à cette erreur, tout en renouvelant l’expression du souhait de faire de Bamako un succès permettant ainsi d’enclencher une réelle dynamique africaine vers le FSM07 de Nairobi, déclaration que nous faisions au début de chaque conférence ou que nous avons affichée (voir Annexe de ce rapport)
- De répartir le matériel disponible (7 salles avec 3 cabines pour un Bureau de traduction et 5 salles avec 3 cabines pour un autre Bureau de traduction) sur l’ensemble du Territoire social du Forum, mais de ne pas mettre les pieds dans deux espaces quelle qu’en soit la raison, que nous avions dédiés en fonction du nombre de cabines qui devaient être installés, aux interprètes rémunérés : le CRES/Luttes sociales et le Mémorial Modibo Keïta/Les Alternatives.

Les résultats
- Aucune des salles des 9 espaces dont nous nous sommes occupés ont bénéficié d’équipements de la part des Bureaux de traduction.
- Dans les deux espaces CRES et Mémorial il semblerait qu’il y ait eu très peu d’équipements (1 salle ou deux seulement) et qu’une équipe bien plus réduite que les 30 interprètes rémunérés prévus ait travaillé de temps en temps seulement.
- L’ensemble des participants du Forum ont pu prendre connaissance de la situation et nous avons reçu leur soutien actif (voire très actif) ou passif, ceci comprenant aussi des membres du CO et du CO de Nairobi.

C- Le programme

Le programme du FSM n’a pas été finalisé avant le 16 janvier. De gros changements se sont opérés durant toute la durée de finalisation. Nous avons alors dû le traduire intégralement en anglais et en espagnol durant la nuit du 16 et la journée du 17. Cet effort a mobilisé plusieurs d’entre nous.

Comme pour les autres Forums, le programme final s’est avéré pour partie faux : changement d’intervenants, langues annoncées par les promoteurs de la conférence différentes de celles effectivement utilisées durant la conférence, événements annulés ou déplacés à la dernière minute, absence parfois des intervenants et promoteurs de l’événement. Dans ce dernier cas, comme à Porto Alegre l’année dernière, les interprètes se sont retrouvés à animer des débats c’est-à-dire à faciliter la prise de parole du public autour du thème de la conférence, posant les interprètes volontaires de Babels aussi comme facilitateurs linguistiques et non seulement comme interprète de conférence.

Suggestions. Il devrait être possible avant de partir sur place de mobiliser une petite équipe de Transtrad de traducteurs-trices très expérimenté-e-s qui pourraient s’engager réellement à distance et très rapidement de traduire le programme d’un FS. Ceci éviterait de bloquer sur ces tâches des personnes qui par ailleurs ont besoin sur place de régler et gérer d’autres problèmes.

D – Les volontaires de Bamako

Le 14 janvier, premier jour sur place, alors que nous avions commencé un tour des différents sites du FSM, nous avons eu la chance de rencontrer un groupe d’étudiants de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) de Bamako qui se sont tout de suite portés volontaires pour aider et contribuer au succès des deux projets Babels et Alis. Nous avons alors commencé tout de suite une série de réunions, plusieurs campagnes d’affichage dans toute la ville et deux journées intensives de « SitPrep » et d’entrainements divers.

Une équipe de 127 personnes a pu être dégagé dont une trentaine sur la gestion de l’équipement ALIS et des archivages des conférences. Cette équipe s’est avérée très efficace et la rencontre fortuite s’est métamorphosée en réels projets. Deux réunions, dont une après le Forum le 23 janvier, ont permis de faire débuter une dynamique Babels et une dynamique ALIS à Bamako.

En même temps, comme cela a été dit lors d’une réunion à Bamako, on ne peut pas demander à un bénévole d’être volontaire-activiste sans l’avoir prévenu avant son départ. Il faut donc que cet aspect intrinsèque d’un forum soit clairement précisé lors de l’appel à volontaires. Il faut clairement dire "cela va être le bordel, il va falloir improviser, ce ne seront pas des conditions de travail comme vous en avez l’habitude... si ce n’est pas votre façon de travailler, alors ne venez pas."

Il faudrait que nous précisions quelque part que chez Babels il n’y a pas de distinction entre "nous les interprètes Babels" et "vous les organisateurs Babels".

Tout le monde est Babelista, tout le monde se prend en main et donne du sien pour faire réussir l’événement - même si cela implique faire des choses qui ne sont pas "normales" dans son travail habituel (parcourir le bazar de Bamako pour aller négocier l’achat de petites radios FM, aller négocier un budget avec le comité organisateur, prendre en charge la planification d’un lieu, coordonner les billets d’avion... etc .etc.)

Il n’y a pas de "bureau Babels" qui se charge de la logistique, pas de postes assignés d’avance, chacun est partie prenante. Il n’y a pas de "interprètes purs" qui ne viennent "que pour faire leur travail" et exigent de la part des "organisateurs Babels" que ceux-ci leur fournissent des conditions "normales" de travail. Les conditions sont ce que les Babelistas réussissent à en faire, compte tenu de la réalité locale.

E- La logistique

Toutes les personnes qui n’habitaient pas déjà Bamako ont pu être logées dans le même hotel. Quelques uns d’entre nous se sont mobilisés auprès du Secrétariat d’organisation afin de pouvoir obtenir pour tous les volontaires (inclus ceux de Bamako) le même per-diem par repas, l’achat de l’eau, le remboursement de différents frais en particulier les communications téléphoniques sur place que les autres participants officiels.

Cette phase a demandé plusieurs concertations avec le comité organisateur (à caser dans un calendrier de préparation déjà serré, par des personnes qui étaient également des interprètes). La négociation était rendue difficile par son côté tardif, à deux jours du début du forum et le fait que l’essentiel de la trésorerie du FSM provenait du versement des frais d’inscription du public. Chaque poste a donc été versé en plusieurs étapes (parfois dans des monnaies différentes), au gré des rentrées d’argent et il a fallu tenir une comptabilité détaillée afin de justifier des sommes versées auprès du comptable du CO-FSM et s’y retrouver dans les divers versements.

Dans l’ensemble, malgré le temps nécessaire et l’énergie dépensée par les personnes qui se sont responsabilisées sur cette question, cet aspect du projet s’est déroulé de bonne manière.

Si le versement d’un "per-diem", non prévu au départ a été une surprise agréable, il a malheureusement aussi eu pour effet de recréer un début de situation "professionnelle normale" (je suis un professionnel, je viens travailler, on me paye pour mon travail, un point c’est tout) qui a brouillé les limites entre bénévolat et volontariat. Le "per diem" a été perçu soudain comme un "du", une rémunération pour notre travail et non comme une compensation. D’où des discussions financières portées par des reflexes de notre univers professionnel, qui n’avaient aucune relation avec la réalité du FSM. 

Par ailleurs à partir du moment où les interprètes bénévoles non-maliens étaient logés, transportés et fournis en bouteilles d’eau par le Comité organisateur, la différence de traitement avec les interprètes bénévoles maliens ne se justifiait pas. A l’avenir, si per-diem il y a, ce doit être le même pour tout le monde, local ou non-local. Travail égal, per-diem égal. De nombreux interprètes non-maliens ont d’ailleurs partagé leur per-diem avec leur équipe, notamment pour l’achat de repas sur place, de carburant pour les déplacements en moto ou de cartes téléphone... les frais de transport engloutissant la majeure partie du faible per-diem des interprètes et techniciens maliens (2000 CFA pour un trajet en taxi, soit 4000 CFA par jour, sur 5000 CFA de per diem)

F- La planification

Cet aspect du projet a fait l’objet d’une innovation que nous souhaitons partager avec l’ensemble du réseau. Les personnes qui se sont mobilisées sur cette question avaient déjà effectué la planification de Porto Alegre et avait donc vécu l’échec de la méthode employé alors, méthode qui était la reproduction des méthodes utilisées un peu partout avec plus ou moins de succès et toujours beaucoup de souffrances dans les projets Babels précédents.

La planification pour Bamako est partie à la fois des souhaits des volontaires et des besoins du programme. Chaque personne, autant que possible, a pu exprimer ses préférences et/ou choisir le thème sur lequel il/elle allait travailler. Ces préférences ont été respectées dans la mesure du possible. Il y a eu donc une répartition des volontaires pour les langues majoritaires et pivots sur l’ensemble des lieux. Chaque lieu disposait ainsi d’une équipe composée d’un-e Référent-e et de volontaires. La planification s’est dont arrêtée au moment de mettre des noms sur des créneaux horaires. Pour les quelques personnes qui correspondaient à des langues plus rares dans le Forum, ils ont été ajoutés aux Cellules dans lesquelles il y avait besoin d’eux le plus souvent. Dans un autre cadre ces personnes auraient, elles, pu recevoir un planning plus détaillé sur l’ensemble du Forum.

Le/La Référent-e est obligatoirement un-e interprète confirmée et expérimentée dans les Forums. Sa tâche est de coordonner une équipe sur une salle ou un lieu dont les salles se jouxtent durant toute la journée et toute la durée du Forum. Les Référents partagent un annuaire et sont toutes et tous joignables par téléphone. Ils/Elles se réunissent en fin de journée.

La veille du Forum chaque équipe a tenu une réunion animée par le/la Référent-e sur le lieu de travail. C’est alors, avec le programme du lieu sur la durée du Forum que la répartition du travail s’est effectuée en fonction des besoins et des envies des interprètes, en même temps que les différentes responsabilités à assumer durant le Forum en dehors de la traduction (pour nous l’équipement à amener, l’eau à distribuer, etc.).

Durant le Forum toutes les personnes ont donc fait de l’interprétation et sont donc entrées en cabines, ou on fait du chuchotage, dans la situation de Bamako quel que soit les autres responsabilités prises en dehors de la traduction, avec souvent la même charge de travail de cabines (dans un autre cadre on pourrait imaginer si possible une charge de travail un peu allégé).

L’absence de centralisation de la planification s’est avérée particulièrement efficace et a permis notamment que tous les ajustements se fassent dans le respect de chaque personne et des réalités sur place. Le fait que les Référent-e-s soient aussi des interprètes durant le Forum a permis très nettement d’améliorer la qualité des relations humaines entre les personnes, de gérer les différentes situations avec une efficacité accrue et de procéder à la répartition du travail de manière particulièrement efficace. Le petit nombre de référents permet aussi une très grande coordination directe entre les lieux et a permis de nombreuses fois de résoudre des situations humaines ou techniques rapidement. Les Référent-e-s maitrisent à la fois tous les problèmes de langues et de l’organisation des cabines et le contexte particulier d’un Forum social, ils animent donc directement la planification de leur équipe le jour avant ainsi que le suivi et ajustement durant le Forum avec les membres de l’équipe. Cela permet aussi une bonne coordination de l’ensemble des équipes durant le Forum sans nécessiter d’autres personnes.

Cette méthode de planification complètement décentralisée, peu gourmande en temps et en moyens, a permis pour la première fois de savoir avec exactitude qui était là et où, de tenir compte de la souplesse nécessaire en fonction de tous les cas particuliers et de responsabiliser l’ensemble des personnes au même niveau autour de la bonne marche d’une équipe (d’un lieu) durant tout le Forum. Nous pensons que cette méthode n’est pas étrangère au succès rencontré à Bamako et au sentiment d’appartenir solidairement à une équipe pour chacune des personnes volontaires.

Note : L’espace « Jeunes » du Stade Modibo Keita a souhaité s’auto-organiser en recrutant des volontaires pour la facilitation linguistique directement parmi les participants. Une personne de l’équipe a donc soutenu et aider leurs efforts durant le Forum et a pu directement faciliter ce processus qui correspondait à la volonté politique des animateurs de cet espace.

Cette situation renforce d’autant plus l’esprit général qui a été appliqué dans tout l’espace du Forum sous notre responsabilité : permettre l’expression politique des besoins au travers d’une organisation souple qui puisse s’adapter à des configurations différentes.

Travail durant le Forum

Nous n’allons pas revenir sur le caractère particulier de ce Forum dont le manque de moyens humains et techniques a été l’occasion de prouesses diverses. Néanmoins au cours du travail pour le FSM nous avons pu mettre le doigt sur un problème récurrent dans les différents projets Babels jusqu’à ce jour.

A- Bénévole ou Volontaire-Activiste ?

Babels se définit comme réseau d’interprètes et de traducteurs volontaires sans jamais avoir explicité clairement en quoi, au moins durant un FS même, il n’est pas un réseau d’interprètes bénévoles dans le sens classique du terme. Bamako2006 aura permis au moins de pointer du doigt certains éléments de réponses qui peuvent être autant de jalons pour une activité durant les Rencontres Internationales initiées par Babels (du 3 au 5 juin 2006 - http://www.babels.org/r72.html) vers un protocole plus précis qui permettrait à quiconque de mieux se situer et donc d’éviter les ambiguités.

Ce qui se dégage des différentes discussions, est le besoin de l’individu d’accepter les règles collectives de la situation particulière d’un Forum (quelles qu’elles soient). Par ailleurs, ces contraintes placent les intervenants et les interprètes dans la même situation par rapport à l’événement. Ainsi les règles du métier d’interprètes de conférence, comme celles de professeurs ou d’experts faisant une intervention publique ou d’employés d’une organisation quelconque, sont battues en brèche par l’intensité des différents événements du Forum. Un Forum social est une fois pour tout, un lieu désorganisé par sa nature intrinsèque. C’est un lieu qui demande tant de la part des intervenants que des interprètes, un degré d’adaptation élevé. Du reste toutes les définitions du lieu « Forum social » renvoient à des notions contradictoires au niveau d’une salle : lieu de conférences et de débats, lieu de rencontres et de confrontations, lieu d’analyse et d’émergence d’alternatives etc. Les formats, l’imbrication et la durée des séances se trouvent donc soumis à des contraintes particulières qui s’expriment que très rarement en termes de « conférences » au sens strict du terme.

Tout comme les intervenants, les interprètes ont donc besoin durant le Forum lui-même d’être des volontaires et réelles parties prenantes.

Ceci pose autrement la question de l’interprète bénévole dont la référence serait celle du travail d’interprétation dans les conditions « professionnelles » habituelles, et qui peut se sentir mal à l’aise dans le cadre d’un Forum, car ce qu’il/elle est prêt à offrir se trouve en décalage avec la nature même de l’événement. Ainsi se créent des tensions et des dysfonctionnements au sein des équipes. Il serait bon de repenser la présence dans un projet de celles et ceux qui souhaitent être des interprètes bénévoles afin de chercher les complémentarités entre les deux modes d’engagement et de participation.

B- Une responsabilité d’équipe

Comme nous avons vu concernant la planification, la présence d’interprètes dans une salle avec tout ce qu’elle requiert, des langues à la logistique, est avant tout une responsabilité de l’équipe. Encore une fois Bamako a vécu les mêmes difficultés que les autres Forums. Nous les avons résolues en mettant en avant un réel dialogue entre les personnes impliquées et une prise en compte de ce que chacun était réellement prêt à faire. Il faut une fois encore insister sur le point que les Référents sont des personnes qui travaillent comme tout le monde en cabines durant l’événement et que c’est avec l’équipe des cabines d’une salle ou d’un lieu, et une coordination entre les Référents que nous pouvons ensemble, dans le respect de chacun, arriver à résoudre les problèmes. L’avantage principal de cette méthode c’est que chaque personne humaine est toujours au centre de la résolution du problème et que nous évitons les distorsions naturelles dues à l’activité de personnes qui de fait ne partagent pas la même situation de travail durant le Forum.

Toutes les décisions prises, tous les problèmes résolus, ont pu l’être rapidement et de manière très efficace car toutes les personnes qui participaient à la prise de décision ou à la résolution du problème étaient les mêmes exactement qui affrontaient la situation ensemble. Que ce soit une salle dans les autres projets Babels ou que ce soit un lieu à Bamako cela représente une petite dizaine de personnes qui finissent par se connaître et apprendre à se respecter et à travailler ensemble, donc à optimiser les capacités et compétences de chacun. Cette équipe finit du reste aussi par être facilement identifiée par les personnes, les intervenants ou les organisations car en général sur la durée d’un Forum les personnes intéressées par tel ou tel sujet viennent au moins deux ou trois fois dans le même lieu. Ces deux phénomènes permettent d’augmenter l’interaction de chacun et la reconnaissance de tout le monde et de son activité spécifique durant le Forum. En un mot cela augmente la qualité globale de l’interprétation.

En termes de théorisation et de méthodologie, il s’agit effectivement d’une application fondamentale de la gestion de projet basée sur une approche d’autogestion. Les responsabilités de chacun sont claires. Les rôles de chacun sont identifiés et fondés sur l’expression démocratique des volontés, sans pour autant exclure une possibilité de mettre en place une capacité décisionnelle réelle et rapide.

"On se mouille pour Nairobi !"

Après Bamako vers Nairobi

Outre l’intégration dans l’équipe de trois volontaires de Nairobi choisis en concertation avec le CO de Nairobi, nous avons, à trois reprises rencontré certains de ses membres. Ces discussions exploratoires nous ont permis de présenter les projets Babels et ALIS ainsi que certaines des réalités et des contraintes de l’interprétation d’un Forum social.

Bien entendu aucune décision n’a été formellement prise à Bamako puisque tout le CO de Nairobi doit être consulté. Par contre Babels et ALIS ont été invités à participer au Conseil international qui devrait se dérouler à Nairobi le 18 mars pour interpréter la réunion et pour installer l’équipement (même si, en tant que membres du CI nous n’avons pas besoin d’invitation pour participer à la réunion).

Nous avons donc décidé de tenter grâce à cette échéance à court terme de monter une équipe d’une dizaine de personnes de Nairobi même. Contacts : Kathie katekape@yahoo.com ou Mossala mufum2001@yahoo.fr (+254-722925020) ou Asha ashdarl@voila.fr

Nous avons aussi convenu de faire de notre possible pour essayer d’y organiser une réunion de préparation autour de la mobilisation africaine avec au moins une personne de Dakar et une de Bamako.

Les premières discussions ont fait déjà apparaître plusieurs faits :
- Les plus gros poles de mobilisation (en nombre d’interprètes) doivent être Nairobi et Arusha (les transports à l’intérieur du continent africain sont extrêmement coûteux, ce qui renforce encore plus la nécessité absolue de trouver au moins la moitié des volontaires pour le FSM dans ses deux villes).
- Les langues africaines dont il a été question sont déjà extrêmement nombreuses : elles comprennent bien entendu l’Arabe et le Kiswahili mais aussi le Massai, le Kikuyu, le Luo, le Somalien, le Lingala, le Kirundi, etc. (la liste n’est largement pas définitive et doit fait l’objet de discussions durant le CI). Ces langues correspondent au travail politique du FSM dans cette région. Nous sommes donc tombés d’accord pour que la présence de ces langues soit assurée que le travail d’identification des volontaires allait se faire en complète collaboration avec les organisations impliquées.
- Les premières estimations (qui sont une base virtuelle pour le moment) seront faites autour d’un format standard de Forum social soit 30 salles/3-4 cabines soit autour de 500 interprètes ou un volume budgétaire autour de 150,000 euros (qui n’est qu’une indication exploratoire).
- Nous devons établir une négociation entre le CO d’Athènes et le CO de Nairobi autour de la question des équipements.
- Nous allons identifier deux personnes pour Babels et Alis qui pourraient venir pour le FSE un mois avant, afin de participer pleinement à l’organisation de l’événement et donc prendre l’expérience directement.

ANNEXES

1- Mail envoyé aux volontaires juste avant leur départ

Chers Babelistas,

Bamako, 16jan06 – 02h10

Ce mail fait suite à une information que nous avons reçu cet après-midi à Bamako et après une réunion des neuf bénévoles Babels et ALIS déjà présents au Mali.

Après une réunion longuement attendue avec le comité organisateur de Bamako nous avons finalement compris comment la question de l’interprétation y avait été abordée. Il s’avère qu’il y aura, outre les bénévoles, des interprètes payés, embauchés par le Comité d’Organisation, qui travailleront lors de ce forum. Nous avons tous trouvé cette information fortement perturbante en raison de ses implications politiques..

Vous êtes tous au courant que seule une équipe de vingt personnes a été financée pour venir à Bamako depuis l’Afrique et l’Europe . Nous avions décidé d’arriver à Bamako plus tôt pour faire le point sur la logistique proposée, installer l’équipement technique fourni par ALIS et la FPH et recruter des volontaires afin d’obtenir autant que possible le nombre d’interprètes nécessaires pour répondre aux besoins en interprétation.

Ce soir nous avons appris que le comité organisateur local avait parallèlement contacté des interprètes ici à Bamako. Trente d’entre eux sont bénévoles tandis que trente autres vont travailler sur la base d’un contrat payé. Ils ont été embauchés par le biais de deux Bureaux de traduction qui ont conclu cet arrangement en incluant vingt cabines d’interprétation gratuites. On nous a dit que vingt de ces inteprètes payés sont d’accord pour être plus flexibles et prêts à travailler plus longtemps par intérêt pour le processus du Forum.

Nous Babelistas, présents ici à Bamako, avons tenu une réunion pour discutter de cette situation, de ses implications, des options dont nous disposons et comment nous allons y répondre.

Lors de cette réunion nous sommes arrivés à la conclusion que :
- peut-être l’une des causes de cette situation est le départ tardif du projet Babels pour Bamako, qui a été initié qu’en Novembre, -nous avons tous renouvelé notre engagement vis-à-vis de la charte Babels, notre soutien à la mise en place d’un processus africain et notre vision commune pour le Forum Social Mondial de Nairobi en 2007, -nous allons clairement exprimer notre mécontentement face à la situation qui nous a été présentée ce soir, -nous allons néanmoins maintenir notre engagement vis-à-vis du processu FSM Bamako qui nous a amenés ici, en proposant des moyens techniques alternatives, une interprétation de haute qualité et nos compétences d’organisation, -nous allons continuer à discuter de cette question dans les futures réunions et travailler à une communication adéquate qui sera adressée au CO de Bamako ainsi qu’au Conseil International du FSM..

Nous estimons qu’il était important d’informer nos collègues de Babels de cette situation et de nos décisions respectives. Nous serions heureux d’en discuter plus avant avec vous, sur le forum Babels ainsi qu’en direct, ici à Bamako.

Salutation solidaires,
Spyros, Nfally, Marina, Luis, Laurent, Judith, Gregoire, German et émilie

2- Déclaration lue et affichée dans le FSM 2006

Babels est un réseau international d’interprètes et de traducteurs actif dans le monde entier, né de la dynamique des Forums Sociaux. À ce titre il est membre à part entière du Conseil International.

Alors que 320 interprètes sont nécessaires pour couvrir le programme du FSM de Bamako 2006, seule une équipe de 25 a pu être financée, 250 interprètes seront à Caracas la semaine prochaine. Nous avons cette semaine recruté et formé des étudiants de Bamako qui se sont rendus disponibles pour participer à l’aventure du Forum de Bamako et grâce à eux nous saurons garantir la présence d’équipes de facilitation linguistique dans les espaces thématiques. L’interprétation simultanée de haute qualité que les bénévoles de Babels aiment fournir sera limitée par le manque d’interprètes et d’équipement. Moins d’un tiers des salles sont munies des moyens techniques indispensables à la traduction. Nous ferons de notre mieux.

Nous sommes confrontés à un problème politique que nous souhaitons partager. Le Comité d’Organisation du FSM de Bamako a décidé de signer des contrats avec 30 interprètes rémunérés. En ce faisant, nous pensons qu’ils ont commis une très grave erreur, car cette démarche nous divise. On ne peut pas rendre un autre monde possible en mettant en concurrence le travail rémunéré et le travail des bénévoles activistes

Conscients de l’importance que représente Bamako dans le processus FSM et décidés de contribuer à la marche vers Nairobi 2007, nous avons décidé de :

- Travailler de manière indépendante et couvrir les espaces non-couverts par les interprètes rémunérés qui interviennent sur les espaces Université et Mémorial Modibo Keita
- Vous faire part de cette erreur qui nous divise
- Continuer le travail de facilitation culturelle qu’est l’interprétariat.

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